Teinture, procédé de coloration de substance à structure fibreuse (bois, textile, etc.) de manière durable. À la suite de ce traitement, la matière colorante employée ne constitue pas un revêtement de surface, mais fait partie intégrante de la fibre ou de la substance. Les teintures sont des composés chimiques, principalement organiques, ayant une affinité chimique ou physico-chimique pour les fibres textiles. Exposées au soleil, à l'eau, aux détergents et à l'usure, elles maintiennent leur couleur dans les fibres. Les pigments sont des composés colorants insolubles, qui n'ont pas d'affinité chimique pour les fibres. À l'inverse des colorants, on ne peut donc pas fixer des pigments sur les fibres sans utiliser de liants ou de résine.

Historique

La teinture est un art ancien qui était pratiqué en Égypte, en Perse, en Chine et en Inde des milliers d'années avant la naissance du Christ. Parmi les teintures utilisées alors se trouvaient probablement la garance et l'indigo. Aux premiers jours de l'Empire romain, les membres de la famille impériale et de l'aristocratie portaient des vêtements teints avec la pourpre. Cette teinture, préparée à partir des sécrétions d'un gastéropode Murex brandaris, était extrêmement précieuse. Jusqu'au IVe siècle apr. J.-C., le tissu teint avec la pourpre valait l'équivalent de son poids en or. Au XIIIe siècle, la découverte de l'orseille, colorant pourpre tiré d'un lichen, stimula l'art de la teinture en Italie. De ce fait, l'Italie du Nord devint le centre de la teinture en Europe. Au XVIe siècle, des explorateurs rapportèrent des Amériques des matières colorantes comme la cochenille et la campêche. Parmi les autres teintures naturelles importantes se trouvaient le quercitron, la gaude, le sumac, le bois du Brésil, le safran et l'indigo. Le développement des teintures synthétiques date du XIXe siècle. En 1856, le chimiste britannique William Henry Perkin découvrit le coaltar, dont fut extrait le premier colorant synthétique, composé organique, qu'il baptisa «!mauve!». Depuis, on a développé un grand nombre de teintures synthétiques et artificielles, et l'emploi de teintures naturelles dans l'industrie textile a pratiquement cessé.

Classifications des teintures

Plusieurs milliers de matières colorantes et un certain nombre de procédés de teinture ont été développés. La teinture et le procédé employés dépendent de la couleur, de sa solidité et du coût.

On peut classer les teintures de plusieurs manières. Dans les applications textiles, les classifications sont faites selon la structure chimique de la teinture et les classes génériques de fibres. On distingue alors la teinture directe de la teinture indirecte. Les teintures directes colorent les fibres plongées directement dans la solution tinctoriale!; les teintures indirectes ne donnent des couleurs satisfaisantes que si les fibres ont été spécialement traitées avant ou après teinture. Les teintures directes sont utilisées pour les fibres de cellulose, principalement le coton, la rayonne, le lin et la ramie. D'autres teintures utilisées pour la cellulose sont les colorants de cuve au naphtol et au soufre.

On peut aussi classer les teintures selon leur structure chimique et les qualifier communément de colorants acides ou de colorants basiques. Les colorants acides (ou colorants anioniques) contiennent des groupements acides sulfoniques ou carboxyliques. Ils sont employés sur les fibres protéiques comme la laine, mais n'ont pas d'effet de teinture sur la cellulose. Les colorants basiques (ou colorants cationiques) sont des sels aminés complexes. Ils peuvent servir à teindre les fibres protéiques naturelles comme la laine et la soie, les cuirs et les peaux. On détermine les matières colorantes et les méthodes de teinture à employer pour la coloration des fibres textiles selon leurs caractéristiques chimiques. La laine et la soie produisent des sels tant avec des colorants acides qu'avec des colorants basiques : elles peuvent donc être teintes indifféremment soit par les uns, soit par les autres. Néanmoins, les colorants basiques donnent généralement des résultats moins satisfaisants. Le coton ne réagit pas aux colorants acides et ne peut pas être teint directement par les colorants basiques. La méthode employée pour teindre les fibres synthétiques dépend de leur composition. La rayonne, dérivé de la cellulose, peut être teinte avec les mêmes composés que le coton. On teint les fibres acryliques avec des colorants basiques. Les toiles de fibre de verre ne peuvent être teintes à cause de la nature inerte du matériau!; on colore donc le verre en fusion avec des sels métalliques, avant de filer les fibres. Voir Fibre!; Verre (industrie)!; Plastiques, matières.

Teinture indirecte

Aujourd'hui, la teinture indirecte est essentiellement artisanale. La méthode la plus simple nécessite un prétraitement du tissu avec une substance imprégnante appelée «!mordant!», suivi d'une immersion dans un bain de teinture. On utilisait autrefois le tanin comme mordant. En effet, il permet d'employer des colorants basiques sur le coton et des tissus de cellulose. Aujourd'hui, ce procédé est seulement utilisé pour des cas particuliers comme la coloration des fleurs séchées. L'application classique du mordançage-teinture comprend trois phases : le traitement du tissu avec une solution contenant un sel métallique, un deuxième bain contenant de l'ammoniac et un bain de teinture. La réaction entre le sel et l'ammoniac produit des hydroxydes métalliques insolubles. Ceux-ci restent dans les fibres et réagissent avec la solution tinctoriale pour donner des laques, composés colorés, insolubles et stables. Une technique plus généralement utilisée est la teinture au chrome de la laine. Le tissu est directement coloré avec une teinture soluble, puis traité au bichromate de sodium, qui se combine avec la teinture pour former dans les fibres une laque au chrome. On peut aussi appliquer le bichromate avant la teinture ou simultanément. L'emploi du chrome augmente la solidité de la teinture sur la laine, le Nylon et la soie. Un certain nombre de colorants sont insolubles et doivent donc être modifiés chimiquement avant leur emploi de coloration. Dans le cas des colorants sulfurés ou de cuve, le colorant insoluble dans l'eau est d'abord hydrogéné en un composé soluble que l'on appelle leucodérivé. Le tissu est ensuite plongé dans une solution de leucodérivés. Puis, l'exposition à l'air provoque une oxydation du composé, qui régénère le colorant dans la fibre. Les colorants sulfurés sont hydrogénés dans une solution de sulfure de sodium, et les colorants de cuve dans une solution d'hyposulfite de sodium.

Les colorants au naphtol et les colorants développés directs (une sous-catégorie des colorants directs) sont employés en teinture indirecte où le produit chimique colorant se forme à l'intérieur des fibres elles-mêmes. On crée de tels colorants en passant le tissu dans au moins deux bains de composés qui réagissent l'un sur l'autre pour former la matière colorante appropriée. On emploie une technique analogue pour produire les colorants des émulsions photographiques.

Procédés de teinture

Les textiles peuvent être teints à n'importe quel stade de leur fabrication. On teint le filé ou fil pour tisser des étoffes à dessins et des toiles d'excellente qualité. Pour une étoffe moins onéreuse, on teint le tissu «!en pièces!», c'est-à-dire après tissage. On peut aussi faire des dessins colorés sur une pièce tissée par plusieurs procédés de teinture sélective. Les équipements de teinture sont généralement simples à mettre en œuvre. Pour les bains de colorants acides, on emploie couramment des cuves en Monel (alliage de nickel et de cuivre) ou en alliage résistant aux acides. On utilise des cuves en acier inoxydable pour les bains de colorants basiques ou neutres. Quand on teint le fil ou filé, il est habituellement enroulé sur des fuseaux perforés dans lesquels on injecte la solution tinctoriale sous pression pour que la teinture pénètre partout dans la bobine!; on teint aussi le fil enroulé sur des écheveaux. Le tissu est teint «!en pièces!» dans diverses machines conçues pour prendre en compte les caractéristiques spécifiques de chaque type d'étoffe. Trois méthodes sont employées pour teindre ou imprimer une pièce. En impression directe, on grave un dessin sur un rouleau de cuivre. Puis on applique sur la partie gravée un colorant que l'on a épaissi avec une substance comme l'amidon ou la gélatine. Simultanément, on nettoie la surface non gravée en la grattant. On imprime ainsi le dessin sur le tissu par pression. L'impression directe peut aussi être réalisée en faisant passer la pâte sur l'étoffe à travers un cache spécialement préparé. Le procédé est semblable à celui-de l'imprimerie au stencil, à cela près que le cache contrôle la quantité de pâte appliquée au tissu. Dans une méthode d'impression inverse, appelée impression de réserve, on applique sélectivement sur le tissu une substance qui repousse le colorant avant de plonger le tissu dans un bain de teinture. Cette méthode est employée par exemple pour faire des pois blancs sur un fond coloré. Dans l'impression par décoloration, le tissu est teint puis imprimé avec un produit chimique qui oxyde ou réduit le colorant, créant ainsi un dessin blanc sur fond coloré. Voir aussi Impression, techniques d'.[1]

 



[1]"Teinture", Encyclopédie® Microsoft® Encarta 98. © 1993-1997 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.